Troisvilles, mort de froid
Troisvilles, le 23 janvier, vers huit heures du matin, on découvre le corps de Dorothé Vitran
Dans L’Écho de la Frontière du 2 février 1843, la nouvelle tient en quelques lignes : Le 23 janvier, vers huit heures du matin, on découvre le corps de Dorothée Vitran, perruquier à Troisvilles, âgé de quarante-sept ans.
Il gît près de la ferme de Rembourlieux, sur le chemin qui relie Neuvilly à Troisvilles. l’homme, connu pour son goût immodéré de la boisson, serait parti la veille, vers six heures du soir, afin de porter une lettre à la poste du Cateau. Une explication qui me semble relever de la plus haute fantaisie.
L’homme que le journal nomme Dorothée Vitran s’appelait en réalité Alexandre Dorothée Vitran. Il était né à Beaurain en 1797.
C’est par Fleurentine Bisiau, son épouse, que son destin croise mon arbre. Elle est la fille de Jean-Baptiste Bisiau et de Madeleine Wanecq, sœur de mon aïeul Antoine Wanecq. Cela suffit pour que l’homme gelé au bord du chemin n’est plus tout à fait un inconnu.
Le journal parle de six enfants laissés derrière lui. La généalogie en compte huit. Mais trois de ces enfants sont déjà morts en bas âge au moment du décès de leur père.
Autre mention qui m'intrigue, sa profession : il serait perruquier et non plus tisseur. Est-elle exacte ? Était-ce une reconversion tardive, un appoint pour arrondir des fins de mois trop maigres, ou simplement une approximation journalistique ?
A une date indéterminée Fleurantine et ses enfants partent tenter leur chance en région parisienne. Elle s'éteindra à Paris le 18 janvier 1873.
Que disent les actes :
Sur l’acte de décès, les témoins présentés comme ayant « découvert le corps » sont précisément les sieurs Capy, aubergistes sur la route du Cateau. Amis du témoin, précise-t-on. De quoi nourrir une hypothèse plus prosaïque : Dorothée Vitran aurait simplement quitté leur établissement dans un état avancé d’ivresse, avant de s’effondrer un peu plus loin, dans le fossé.
Dernière étrangeté, et non des moindres : aussi bien l’état civil que l’acte religieux donnent pour épouse une certaine Célestine Wanecq, alors que la généalogie établit sans ambiguïté qu’il s’agit de Fleurentine Bisiau. Or il n’existe, à ma connaissance, aucune Célestine Wanecq née, mariée ou morte à Troisvilles. Une confusion persistante, reprise d’un registre à l’autre, qui reste à ce jour un mystère.

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Date de dernière mise à jour : Lun 26 jan 2026
Commentaires
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- 1. Philippe Drozière Le Lun 26 jan 2026
Bonjour Dominique,
Compte tenu de ces éléments complémentaires, partir de Troisvilles un 22 janvier 1843 à six heures du soir, prétextant l'envoi d'une lettre à Cateau, soit près de 12 km aller et retour et au bas mot trois heures de marche soutenue, semble définitivement un prétexte peu crédible. Plus probablement Dorothée s'est-il rendu chez son ami Jean Baptiste CAPY, dont l'auberge se situe à l'intersection de la route du Cateau à Cambrai et du chemin de Troisvilles à Neuvilly, non loin de la ferme de Rambourlieux, pour y succomber au sortir d'une soirée de palabres et d'excès. Ce même Jean-Baptiste qui déclarera son décès le lendemain comme attesté dans l'acte.
Il y a sans doute quelques erreurs concernant la déclaration des témoins à propos de cet événement funeste, qui stipule que (Alexandre) Dorothé VITRANT est le fils de Jeanne Marie ROBIN, au lieu de Jeanne Marie ROBERT, et l'époux de Célestine WAGNEQUE, au lieu de Florentine Josèphe (dite Fleurentine) BISIAUX...
Un grand merci pour l'envoi de ce document qui m'a permis de me reconnecter à la branche VITRANT, celle de ma grand-mère maternelle, et également de corriger quelques erreurs sur la fiche de mon infortuné quintaïeul.
Bonne journée
Philippe Drozière-
- Dominique LENGLETLe Lun 26 jan 2026
C'est exact. Je m'applique à rechercher si une Célestine Wanecq habitait à l'époque à Troisvilles, mais je n'en vois pas trace. Par ailleurs, une bigamie dans un petit village comme Troisvilles semble impensable. Le prénom de notre aïeule est bien Fleurentine. de la même manière qu'ils ont des Fleurisse. Originalité, vestige de la Révolution française ?
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- 2. Elisabeth Lenglet Le Dim 25 jan 2026
Bonjour à vous ,
Nous vous remercions pour l'info , Nous travaillons sur ces recherches depuis 2018. Nous avons adoptés surtout le site FILAE .
Nous avons retrouvé une dizaine de cousins très proches et nous avons eu le plaisir de nous voir.
Bonne continuation et découvertes.
Bonne et heureuse année 2026
Amitiés -
- 3. JC Vitran Le Dim 25 jan 2026
Quelle surprise d'apprendre que mon aeuil Alexandre Dorothée avait été victime du froid en 1843. Son gout immodéré pour la boisson est peut être un atavisme familial car son père, décédé très jeune, (ils sont tous décédés très jeunes) était cabaretier.
Mille merci pour cette information. Je connaissais la date de son décès mais pas les circonstances.
Les informations que je détiens le font habiter à BEAURAIN et être mulquinier, tisseur de lin. En ce qui concerne Fleurantine, très joli prénom, il est fort possible qu'elle est habitée Saint Denis ou Epinay sur Seine (département 93) car la famille s'est établie dans ces communes vers 1870. D'ailleurs mon grand père était maréchal ferrand à Saint Denis et mon père, Camille Vitran y était né en 1921.
Bien cordialement -
- 4. Marthe Le Ven 23 jan 2026
Triste fin, et pauvre veuve...
Je ne savais pas que le prénom Dorothée avait été épicène !-
- Dominique LENGLETLe Sam 24 jan 2026
oui, comme celui de Théodore
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