A la recherche du temps perdu....

Rencontre avec Dominique Lenglet

Alors que je viens à peine de terminer la rédaction d’un billet sur le thème de la rentrée scolaire, voilà que je fais un rêve, on m’a versée dans une classe scientifique et je ne comprends rien à ce qu’explique le prof :

« Si vous partez du principe que nous ne sommes rien d'autre qu'un ensemble d'atomes reliés les uns aux autres d'une manière particulière, alors, en principe, il devrait être possible de nous téléporter dans le temps et l’espace »

Je m’éveille en nage, et stupeur, je ne suis pas en classe, mais où suis-je donc ?

 Le lieu m’est vaguement familier sans que je puisse l’identifier. Une sensation de « déjà-vu ». Cet abreuvoir ressemble à une photo ancienne de mon quartier, rue de l’Argilière, aujourd’hui rue Jeanne d’Arc. Place jenne d arc bertry  Bertry abreuvoir postry 2

J'avance dans la rue du bois (aujourd'hui Lazare Carnot). A l'emplacement de ce qui sera plus tard la maison des mes arrière-grands parents, un bosquet et une haie. J'avance encore, et, au loin,  j’aperçois  une portion de la façade massive de l’église, plus de doute, je suis à Bertry, dans le département du Nord. Le berceau de ma famille.  Cette partie de l’édifice remonterait à 1240 environs. Bertryeglise 63048 5

Je reviens sur mes pas, soudain j’éprouve une effrayante impression de dédoublement, face à moi un homme ressemblant à mon grand-père, si ce n’est la tenue vestimentaire.   

D’abord sans voix, je m’enhardis :

Que se passe-t-il ? Qui êtes-vous ? Où suis-je ?

Tu n’sais nin qui je sus ? j’ sus Dominique Lenglet, l’fieu à Jean et à la Marie Herbet. Ti pis mi ch’es l’même nom,

Oh, je vois ! tu es le jeune frère de Marie Anne Lenglet, mon aïeule à la 9è génération, celle qui a épousé Jean-Baptiste Pruvost en 1692 ! Heureusement que mes grands parents parlaient un peu patois, je ne te comprendrais pas, sinon ! On ne parle plus du tout comme ça aujourd’hui !

Ché bin cha ! Mais dis voir, j’sus tout esbaudi, t’es pas un gars, t’es eune file. Que drôle d’nom pour eune file, Dominique.

On appelle ça d’un mot savant c’est un prénom "épicène", qui peut aller aux garçons comme aux filles. Mais tu as raison, je n'ai relevé aucun « Dominique » fille dans mon arbre généalogique à ton époque. C’est devenu très à la mode au XXè siècle, cependant, encore aujourd’hui, beaucoup se trompent en lisant ma signature.

T’as mi qu’à dire ! ché que t’nas pas d’cottron, ni d’ caraco, pis tes caveux chont copés à l’mode des garchons !

Ah ah ! « Dom »,  - je t’appelle Dom, tu m’appelles Domi d’accord ? - C’est ainsi que les femmes s’habillent à mon siècle, nous portons des pantalons et les cheveux courts.

... (silence pexplexe)

Tu sais Dom, que j’ai eu peine à te rattacher à ma famille ! A l’inscription de ton acte de décès, le scribe a enregistré "Langlet" par erreur ! avec un A. C’est qu’on y tient à notre E

Ouais, j’chus pas un moqueu d’gins, mais j’cros bin qu’ ch’étot un baudet !

... (prudente je ne réponds rien." c'etait un âne ", mais de qui parle-t'il ?  du scribe ? du curé ? ou de son neveu qui a signé comme témoin ?)

 D lenglet dominique 1741

 J’chu bin contint de t’avir connu, j’che te fais eune grosse baiss et dépêche te ! t’as d’l’ouvrache avec les Pruvot, t’as pas core c’minché à ouvrer chu leur nom, mais te vas vir, j’vas t’aider. T’aras bintot que d’ chos  d’grinde valeur.

 

Brusquement, le buzzer de mon radio-réveil me ramène au XXIè siècle.

Ce n’était donc qu’un rêve, bien évidemment.

Je suis à la fois soulagée et un peu déçue. Cette courte escapade dans le temps m’a bien plu, et Dominique m’a paru sympathique, malgré son côté bourru.

De plus il était plein de bonnes intentions, il « voulait m’aider ».  Si j’avais pu penser un jour que j’intéresserais un de mes ancêtres à la généalogie… c’est le monde à l’envers.

Allez, arrêtons de rêvasser, je retourne à mes dépouillements d’actes. J’ai récupéré quelques vieilles chemises cartonnées dans le grenier de ma grand-mère le mois dernier, il y a du tri à faire. C’est fastidieux. Soudain, mon attention est attirée par ce document :

1692 ct mar pruvot jbaptiste x lenglet maire anne 4

 

 

C’est le contrat de mariage de Marie Anne Lenglet x Jean-Baptiste Pruvost en 1692 !

Et si, finalement, ce n’était pas un rêve…

 

 

 

 

 

 

1692 ct mar pruvot jbaptiste x lenglet maire anne 1  1692 ct mar pruvot jbaptiste x lenglet maire anne 2  1692 ct mar pruvot jbaptiste x lenglet maire anne 3

Date de dernière mise à jour : 22/10/2020

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Commentaires

  • lionel basin
    • 1. lionel basin Le 05/11/2020
    génial
  • Olympe
    • 2. Olympe Le 19/09/2020
    C'est fou d'avoir conservé ça ! Bravo à tes aïeux !
  • Catherine Livet
    • 3. Catherine Livet Le 19/09/2020
    Eh bien, pour une première ! C'est hyper plaisant à lire... Bravo Dominique !
  • Sébastien | Marques Ordinaires
    J'aime beaucoup cet échange en patois/français qui renforce cette impression d'une rencontre d'un autre temps !
    • Dominique LENGLET
      • Dominique LENGLETLe 19/09/2020
      Merci beaucoup
  • Christelle
    Waouh ! Des papiers conservés dans la famille depuis 1692 ! C'est formidable ! Heureusement que je me suis aussi familiarisée avec le chti depuis que j'habite dans le Nord, sinon j'aurais eu du mal à comprendre ton homonyme
    • Dominique LENGLET
      • Dominique LENGLETLe 19/09/2020
      Moi aussi j'ai peine à dialoguer avec lui, mais je vais m'habiter à l'idée qu'on puisse dialoguer plus facilement malgré les siècles qui nous séparent, je lui ai laissé une methode de français moderne...

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